Point de vue de l'expert
La formation dans le secteur public : levier du changement par Guy Bohbot

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La formation dans le secteur public : levier du changement

par Guy BOHBOT, Directeur du Département Formation du Groupe Revue Fiduciaire

Conduire la modernisation de la gestion publique n’est pas chose simple ! La mise en œuvre opérationnelle de la LOLF nécessitera de nombreux investissements, non seulement de la part de l’Etat mais également des fonctionnaires. Les premières pierres fondatrices ont été posées mais certaines difficultés opérationnelles demeurent…. Faire travailler les fonctionnaires ensemble en dehors de la logique de corps ou de rang pour mener à bien les réformes structurelles est un chantier de longue haleine qui nécessite, en dehors d’un courage politique évident, un accompagnement des fonctionnaires. Plusieurs institutions et ministères ont pris conscience de cette situation et mis en œuvre des modes d’organisation et des stratégies nouvelles qui méritent d’être soulignées. L’IGPDE, l’école de la LOLF a pris la mesure de l’importance de cette réforme et décidé de créer de véritables dispositifs d’accompagnement managériaux pour les directions du Ministère des Finances et de l’Industrie. Le Ministère de l’Intérieur n’est pas en reste, puisque son Secrétariat général propose des formations managériales à l’ensemble du corps préfectoral (hormis les Préfets) et des sous-directeurs d’administration centrale afin de les aider à mieux appréhender leur prise de poste et à manager de manière moins verticale. Une réflexion est à l’étude sur la création d’un cycle de management obligatoire intégré dans la notation dans le cadre d’une école de management. La Police nationale a mis en place en un temps record (5 mois) une action de sensibilisation à la mise en œuvre de la LOLF pour 1 400 fonctionnaires de police en France et dans les DOM-TOM. Cette formation a été relayée par une action de sensibilisation par les services de la Direction de l’administration de la Police Nationale aux outils et systèmes d’information spécifiques. Chacun s’accorde aujourd’hui à considérer la formation comme un levier essentiel dans la gestion des ressources humaines. L’enjeu spécifique des formations sur la LOLF et la gestion des personnels est aujourd’hui de faire muter la fonction ressources humaines, d’une gestion cantonnée aux procédures administratives à une gestion des femmes et des hommes, de leurs compétences et de leurs projets, notamment en terme de dynamisation des professionnels. La place primordiale de la formation est accentuée par l’institution d’un droit individuel à la formation dans la fonction publique d’une durée de 20 heures cumulables sur 6 ans. Ce droit sera ouvert à l’ensemble des agents de la fonction publique y compris les non titulaires. La formation au sein du secteur public doit aujourd’hui se professionnaliser et s’orienter vers une logique de « formation métier » centrée sur l’acquisition d‘un niveau de compétence caractérisé par un savoir ou un savoir-faire (sensibilisation, mise en œuvre, expertise). L’atteinte de cet objectif nécessite au préalable de déterminer de manière fine les compétences nouvelles à acquérir pour proposer à chaque population cible une action de formation appropriée. A titre d’exemple, les actions de formations sur la mise en œuvre de la LOLF doivent aujourd’hui concerner les services gestionnaires afin de leur apporter des réponses précises sur la manière de procéder dans le cadre de la LOLF. De nouveaux chantiers apparaissent : L’application des règles de comptabilité privée pour l’élaboration du Bilan de l’Etat fait émerger de nouveaux besoins de formation pour les services gestionnaires qui devront enregistrer les opérations comptables dans un nouveau référentiel. Même si l’élaboration des états financiers sera centralisée au niveau du Ministère de l’Economie et des Finances et que l’option « Bilan et compte de résultat » par programme au sens de la LOLF n’a pas été retenue, il nous semble primordial et urgent de former les personnels des administrations centrales et services déconcentrés à cette nouvelle logique comptable. L’émergence de ces nouveaux besoins doit convaincre « le secteur public » à faire appel à des compétences reconnues notamment au sein de la profession comptable. De par leur connaissance du monde de l’entreprise et leur compétence en matière de comptabilité privée et certification des comptes, les experts-comptables seront à même de conseiller le secteur public sur les problématiques de comptabilité privée, contrôle interne comptable et certification des comptes. Deux initiatives majeures méritent d’être soulignées : Le Club Secteur Public au sein de l’Ordre des Experts-Comptables présidé par Agnès Bricard, qui offre à l’ensemble de la profession comptable un champ unique de partage d’expériences et d’outils d’accompagnement et de développement des missions dans le secteur public. L’Académie des Sciences et Techniques Comptables et Financières présidée par William Nahum, qui constitue un formidable carrefour des savoirs comptables fort utile pour informer les administrations et services déconcentrés des dernières innovations et les faire bénéficier de la pratique du secteur privé. Les groupes de travail de l’Académie ont tous la volonté de décloisonner la réflexion, et les mutations de la sphère publique leur offrent un champ de partage et d’expérimentation très large. J’invite d’ailleurs l’ensemble des acteurs à unir leurs forces, au sein de l’Académie ou dans d’autres cercles, pour accompagner cette formidable mutation culturelle qu’implique l’introduction de la « culture du résultat » et du pilotage de la performance dans l’administration.

"L'Académie est une initiative de l'Ordre des Experts-Comptables"

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