Point de vue de l'expert
La nécessaire mutation financière de la filière finance face aux contraintes et enjeux des approches IFRS et Bâle II par François Rudent

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Après une carrière bancaire opérationnelle, François Rudent est actuellement directeur au sein du cabinet
de conseil en management Altime. Dans ce cadre, il est plus spécialement en charge des offres et de l’expertise
concernant les filières finances et risques du monde bancaire et notamment de la mise en place des normes
IFRS et Bâle 2.

La nécessaire mutation de la filière financeface aux contraintes et enjeux des apporches IFRS et Bâle II

Une mise en œuvre pragmatique mais encore très « mécanique »

La mise en œuvre des nouvelles normes réglementaires comptables et prudentielles donne lieu à d’importantes évolutions des process bancaires et des systèmes d’informations tout particulièrement en ce qui concerne les filières finances, risques et le SI comptable.

Face aux enjeux de ces normes, le pilotage des banques s’est lui aussi adapté :

  • En apportant un support proactif à la mise en œuvre de ces normes (évaluation des enjeux financiers, réalisation de la communication financière) ;
  • En introduisant les normes IFRS dans ses process récurrents (estimation budgétaire, suivi des résultats, …en normes IFRS).

Mais l’introduction des nouvelles normes comptables dans le pilotage financier s’est, pour le moment, effectuée essentiellement de manière « mécanique » par retranscription des impacts IFRS dans les indicateurs et ratios existants (PNB, coût du risque, …).

De véritables enjeux pour la filière finance

Au-delà de ces mises en œuvres déjà particulièrement lourdes, la filière finance va devoir réaliser une mutation plus profonde pour répondre de manière efficiente à trois enjeux majeurs : les contraintes règlementaires de cohérence et de qualité comptable, les exigences de la communication financière et le besoin de pilotage (financier, stratégique et opérationnel) .

Répondre aux contraintes règlementaires nécessite une information financière et des données Bâle 2 (encours, …) permettant respectivement qualité et cohérence comptable.

Les banques françaises ont parfois réalisé une mise en œuvre « a minima » de l’information financière (annexes au bilan et au compte de résultat) IFRS :

  • Pour des raisons d’arbitrage d’une part : ces contraintes étaient porteuses d’enjeux financiers moindres (pas d’impact sur les capitaux propres ni sur les résultats), et la mise en œuvre de la comptabilisation des opérations en norme IFRS dans les délais impartis mobilisait toutes les énergies ;
  • Du fait d’une difficulté sous-estimée d’autre part : l’exigence de qualité comptable des informations financières n’est pas nouvelle (déclarations BAFI, rapport annuel norme comptable française) et a souvent été perçue comme n’étant qu’une « couche » supplémentaire qui pouvait être traitée moyennant une faible adaptation des systèmes déjà en place.

Or, répondre aux exigences qualitatives de l’information financière IFRS et de Bâle 2 nécessiterait souvent une revue des processus et des SI concernés compte tenu de ces nouvelles contraintes avec notamment :

  • Un périmètre plus large de qualité comptable exigé dans le cadre des IFRS ;
  • Une élimination des opérations intra groupe plus complexe (valorisations comptables), sur des notions de Groupe à géométrie variable (norme comptable française versus normes IFRS) avec des filières de valorisation et/ou de collecte différentes (comptable, information financière, risques) ;
  • Une cohérence comptable entre filières risque (Bâle 2) et finance à mettre en place sur différents axes (encours et provisions utilisés, comparaison des ventilations IFRS et Bâle 2, ….).

Répondre aux enjeux de communication financière nécessite d’anticiper une exigence croissante des informations attendues par les marchés

Les banques ont assez bien réussi à gérer leur communication auprès des investisseurs et analystes financiers lors de la mise en place des normes IFRS. Cette communication avait souvent un objectif pédagogique d’explication des normes et de transparence financière pour indiquer les impacts attendus.

Cette réussite ne doit toutefois pas occulter la nécessité d’anticiper l’augmentation à venir des exigences en la matière. Exigences dues à la combinaison de plusieurs facteurs :

  • A la maturité du marché une fois la phase d’apprentissage terminée : ces acteurs vont être à même de décortiquer les chiffres fournis et de demander des explications complémentaires sur certaines variations d’agrégats (il est ainsi fortement probable que les analystes attachent beaucoup d’importance au tableau de variation des capitaux propres des établissements financiers).
  • Aux choix de communication financière des banques, notamment en termes d’indicateurs retenus (par exemple, communication sur le coût du risque ou sur le résultat sur créances dépréciées ?)
  • A la mise en place de Bâle 2 et de ses impacts sur les indicateurs de rentabilité (a minima pour indiquer la source des besoins de fonds propres mais aussi pour expliquer les principales variations de ces besoins).

Tirer parti bancairement de ces réformes nécessite une adaptation du pilotage financier au service des directions Groupe et métiers

Si les deux points précédents peuvent être considérés (à juste titre) comme des contraintes, cette adaptation est porteuse d’une véritable opportunité de résultats et de rentabilité.

Le pilotage financier doit ainsi pouvoir intégrer les impacts des normes IFRS et Bâle 2 pour permettre des prises de décisions stratégiques concernant notamment :

  • La réallocation de capitaux entre les activités compte tenu de leurs résultats (IFRS) et de leurs consommations de fonds propres (Bâle 2) ;
  • L’alignement et la ventilation des objectifs internes sur les indicateurs suivis par les actionnaires et le marché ;
  • La modification des processus métiers opérationnels (adaptation de la tarification ou élévation du taux d’acceptation des dossiers crédits, ….en fonction du RWA - Risk Weighted Asset - du portefeuille des clients et produits concernés).

La filière finance doit également permettre de mesurer les résultats et la rentabilité des directions métiers au regard des impacts directs IFRS et Bâle 2 mais aussi sur la mise en œuvre des décisions stratégiques avec :

  • L’évaluation des principaux effets de leviers des indicateurs financiers (durée de recouvrement et taux d’intérêts sur le coût du risque, rating et paramètres de modèles pour le calcul du RWA, …) ;
  • L’analyse de la rentabilité d’un produit, d’un portefeuille de clients ou d’un client corporate en intégrant à la fois des éléments comme le PNB et le RWA ;
  • L’évaluation de la bonne mise en œuvre des stratégies décidées (augmentation des résultats ou de la rentabilité mais aussi évolution du nombre de clients suite à l’adaptation de la tarification, …).

Une mutation à piloter et à rechercher

Ces enjeux sont porteurs d’une véritable mutation pour la filière finance, qui va d’une responsabilité accrue (cohérences comptables et communication financière) à un véritable apport de valeur ajoutée pour les directions Groupe et métiers « clientes » de cette filière en passant par une (re)délimitation des responsabilités sur les processus concernés entre filières finance, risques et métiers opérationnels.

Cette adaptation ne sera pas toujours facile à mener (pour être maîtrisée elle nécessite notamment une approche métier et financière pragmatique pour ne faire évoluer que les indicateurs nécessaires et une conduite du changement interne et externe à la filière), mais elle est porteuse d’une formidable opportunité d’apport de valeur ajoutée…

… et le risque le plus important est en fait de ne pas se saisir de cette occasion de valorisation accrue de ces métiers financiers !!!

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